- Barcelone

Zóbel-Chillida: Crisscrossing Paths

Mayoral est heureuse de présenter « Zóbel-Chillida: Crisscrossing Paths » [Zóbel-Chillida : Chemins croisés], un dialogue sans précédent entre Fernando Zóbel et Eduardo Chillida. Organisée par Alfonso de la Torre et avec la collaboration des estates des artistes, cette exposition propose une rigoureuse sélection de treize peintures à l'huile de Zóbel et d'une douzaine de sculptures de Chillida, révélant les liens créatifs et personnels entre ces deux artistes.
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Zóbel-Chillida: Crisscrossing Paths

Zóbel et Chillida ont tous les deux commencé leur carrière artistique dans un contexte difficile et dans une certaine solitude. Au début des années 1950, Chillida conçoit ses premières sculptures en plâtre et en pierre, qui aboutiront plus tard à des œuvres telles que Lurra-16 [Terre-16] (1978), Lurra G-326 [Terre G-326] (1995) ou Lurra M-20 [Terre M-20] (1995), œuvres qui préservent et repensent la corporalité et le retrait des formes caractéristiques de telles figures premières. À la même période, Zóbel travaille entre figuration et abstraction car il a l’occasion de suivre de près le développement de l’expressionnisme abstrait.

Après la découverte du travail de Rothko en 1955, Zóbel réduit le contenu de ses peintures à l’essentiel, à la fois dans la composition comme dans le thème, ainsi que dans son utilisation de la couleur. Ceci donne naissance aux Saetas et à ses premières peintures dans une gamme chromatique limitée connues sous le nom de Serie Negra [Série Noire], dont certaines sont ici exposées, comme Aquelarre (1961) ou Segovia II (1962). Alfonso de la Torre note que : « Dans les Saetas, Zóbel semble coïncider avec Chillida, avec la forme du trait scripturaire noir qui ressort de la toile, ainsi tous les deux artistes tirent leur recherche d’une graphie qui tente de comprendre notre conscience et le rythme du passage du temps. […] Ses œuvres peuvent être comprises comme des accords visuels qui tremblent entre légèreté et gravité, en mouvement […] ». C’est son pas définitif vers l’abstraction.

L’artiste hispano-philippin évolue vers l’étude de la lumière et l’évocation de la mémoire, aussi bien la sienne que celle du spectateur. Zóbel lui-même dit : « […] Je parle essentiellement de lumière, de grandes et de petites formes, de ce qui est loin et de ce qui est proche. Je pense surtout que je parle de souvenirs. »[1] Les œuvres de cette seconde période se caractérisent par la réintroduction de la couleur – désormais symbolique – qui constitue la base de la composition du tableau. Dans des œuvres tels que Canción protesta III [Chanson proteste III] (1968), nous voyons comment les formes émergent de la couleur, devenant de plus en plus floues jusqu’à ce qu’elles se mélangent avec l’arrière-plan, dans des tons plus clairs et plus neutres, ce qui aboutira éventuellement à la Serie Blanca [Série Blanche], à laquelle appartiennent des œuvres comme La plazoleta [La petite place] (1975).

La lumière est aussi l’un des grands sujets dans l’œuvre de Chillida. Dans son cas, c’est dans le jeu entre matière et vide où la lumière naît, créant ainsi des espaces et des volumes. En plus des Lurras [Terres], nous pouvons le voir dans des œuvres en acier ici exposées : Yunque de Sueños XIX [L’enclume des rêves] (1998), Besarkada V [Calin V] (1991) ou le bronze Hierros de temblor III [Fers tremblants III] (1957). Nul doute que le traitement qu’ils apportent à la lumière et la délicatesse de leurs créations leur confèrent une grande valeur poétique.

Jordi Mayoral, directeur de la galerie, dit : « Cette exposition est un dialogue sans précédent, fruit d’un long processus de recherche, d’une rencontre de chemins entrecroisés entre deux artistes clefs de l’après-guerre. » En ce sens, le commissaire conclut que la rencontre qui a eu lieu en 1964 à Cuenca, grâce à la volonté de Zóbel d’incorporer l’œuvre Abesti Gogorra IV [Chanson reprise IV] (1964) de Chilllida à la collection du Museo de Arte Abstracto Español, est un moment « d’admiration mutuelle, d’un sentiment de connaissance éternelle, d’une amitié, d’un amour pour la poésie, d’un don pour la parole, d’un éloge à l’oriental ».

À cette occasion, un catalogue d’exposition a été publié. Celui-ci, en plus d’être un essai écrit par le commissaire, reproduit la correspondance inédite entre Zóbel et Chillida, en parallèle avec les entretiens menées par Alfonso de la Torre à deux proches des artistes mentionnés avant : Fernando Zóbel Ayala y Miranda et Ignacio Chillida Belzunce. Ces échanges nous permettent d’approfondir les relations que ces artistes ont entretenues entre eux et de connaître leur façon de comprendre et de vivre la création artistique. Dans l’épilogue, le commissaire Patrick D. Flores nous invite à réfléchir sur les aspects pertinents de la construction de la modernité philippine, sur le virage vers l’abstraction qu’il a adopté et sur la manière dont il fait allusion au passé colonial.

 

Les artistes

Fernando Zóbel

(Manille, Philippines, 1924 – Rome, Italie, 1984)

Il étudie Philosophie et Lettres à l’Université Harvard. Artiste autodidacte, peintre, graveur, dessinateur, et grand connaisseur de l’art du passé et de son temps, il reçoit de nombreuses récompenses pour son travail dans la muséographie et pour ses hautes connaissances artistiques. En tant que collectionneur de la génération des artistes abstraits, il est promoteur du Museo de Arte Abstracto Español à Cuenca (Espagne), ouvert en 1966.

À la fin des années cinquante, il participe dans les grandes expositions internationales : Before Picasso [Avant Picasso] ; After Miró [Après Miró] au Solomon R. Guggenheim Museum à New York en 1960, la Biennale de Venise en 1962 ou Modern Spanish Painting [Peinture moderne espagnole] au Tate Gallery à Londres en 1962. Par la suite, il s’installe définitivement en Espagne et, en 1959, il expose pour la première fois à la Galería Biosca à Madrid, dont la directrice, Juana Mordó, deviendra sa galeriste habituelle. Dans cette galerie, il présente des expositions individuelles entre 1964 et 1974. En plus des galeries et d’autres institutions espagnoles renommées, des galeries comme Bertha Schaefer (New York, 1965 et 1968) ou Galerie Jacob (Paris, 1977) en feront également des expositions pour lui.

 

Eduardo Chillida

(Saint-Sébastien, Espagne, 1924-2002)

Sculpteur informel de renommé internationale, il commence sa carrière en travaillant principalement le plâtre et la pierre. En 1951, il s’installe à Hernani (Espagne) et incorpore le fer comme matériau de sculpture. En 1954, il est récompensé à la Xe Triennale de Milan. Puis, en 1956, il présente ses sculptures en fer à la Galerie Maeght, dans laquelle il exposera plusieurs fois. Il participe à l’exposition Sculptures and Drawings from Seven Sculptors [Sculptures et dessins de sept sculpteurs] (1958) au Solomon R. Guggenheim Museum de New York et la même année, il remporte le Grand Prix International de Sculpture de la XXIXe Biennale de Venise. En 1959, d’importantes expositions lui sont consacrées aux États-Unis, au Canada et à la Documenta II à Kassel. À partir de ce moment-là, il commence à travailler avec le bois, le béton, l’albâtre et la boue, tout en réalisant des gravures, des collages et des dessins qui illustrent parfois ses propres écrits. Des expositions monographiques lui sont consacrées dans les principaux musées internationaux et ses nombreuses sculptures dans les espaces publics se retrouvent dans nombreuses villes du monde entier. En 2000, l’artiste inaugure le musée Chillida Leku à Hernani, qui a rouvert au public en avril 2019.

 

Le commissaire de l’exposition

Alfonso de la Torre est un spécialiste des débuts de l’abstraction depuis l’après-guerre et du devenir du Museo de Arte Abstracto. Il a été le commissaire de plusieurs expositions à ce sujet : El grupo de Cuenca [Le groupe de Cuenca] (Madrid, 1997), El grupo de Cuenca (Burgos et Pampelune, 1998) et La poética de Cuenca. 40 años después. 1964 – 2004 [La poétique de Cuenca. Quarante ans après. 1964-2004] (Madrid, 2004). Il a collaboré également dans l’exposition La ciudad abstracta. 1966: El nacimiento del Museo de Arte Abstracto Español (Cuenca, 2006). Il est également l’auteur de nombreux textes monographiques sur Zóbel et le groupe Cuenca. Au long de sa carrière, il a participé à la réalisation des catalogues raisonnés de Millares, Rivera et Palazuelo, et il travaille actuellement sur le catalogue raisonné des peintures de Fernando Zóbel.

Il a organisé plus d’une centaine d’expositions, il a publié de nombreux essais et de la poésie et il a enseigné dans des universités et des institutions. En 2017, il a été, avec Elena Sorokina, le commissaire de l’exposition Millares : Construyendo puentes, no muros [Construire des ponts et non des murs] à la galerie Mayoral à Barcelone. Il appartient à l’International Association of Art Critics (AICA).

[1] PÉREZ-MADERO, Rafael; ZÓBEL DE AYALA, Fernando. Zóbel: La Serie Blanca. Madrid: Ediciones Rayuela, 1978, p. 35.